Devant les hommes et devant l’Histoire

Aujourd’hui, ce sont des pages d’Histoire que les députes vont écrire. Favorables ou défavorables au Mariage pour Tous, chacun de leurs mots sera porté au compte-rendu des débats. Dans 10 ans, dans 20 ans, dans 100 ans, des étudiants, des historiens, des citoyens reliront ces échanges. Ils s’amuseront des « mouvements sur les bancs de l’opposition », imagineront la tête rougie par la colère d’un député de droite qui s’exclame « c’est faux » et dont eux savent que 10 ans plus tard il pleurait d’émotion quand son fils et son compagnon lui annoncèrent l’adoption d’une petite-fille. Ils iront lire la liste des votes « pour », la liste des votes « contre » et analyseront les carrières brisées d’hommes talentueux mais pusillanimes face à des militants hystérisés par la défaite à la présidentielle, tétanisés par les analyses d’un politologue venu de l’extrême-droite et qui avaient choisi un vote stratégique plutôt qu’un vote de conviction.

Aujourd’hui, demain et encore pendant de longs mois, dans la cour de récréation, dans les salles de classe, de jeunes adolescents se feront traiter de « pédé », de « tapette », de « sale gouine », parfois jusque dans leurs propres familles. Ces jeunes, dont certains n’entendent jamais une parole positive, le message que la représentation nationale, et à travers elle la société, leur envoie, c’est celui de la dignité. C’est peut-être la première fois qu’ils l’entendront depuis leur naissance, c’est peut-être la seule fois qu’ils l’entendront avant l’âge adulte. « La relation qui un jour t’unira à quelqu’un, fût-il du même sexe, nous lui accordons la même dignité qu’à une relation entre personnes de sexes différents, nous la désignons par le même mot, mariage». Les députés ont dans leur main un pouvoir, grâce aux mots qu’ils emploieront, avec le texte qu’ils voteront, ils ont le pouvoir d’aider cet adolescent, cette adolescente à affronter les injures et les coups.

Mesdames et Messieurs les députés, à ce jeune, à cette jeune, donnez-lui la force de relever le front. Dites-lui aujourd’hui, dites-lui pour toujours, dites-lui dans la loi, dites-lui devant les hommes et devant l’Histoire, « tu ne vaux pas moins qu’un autre ».

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